Saccades, fixations et champ visuel

 

Comment lit-on ?

 

1. Les saccades

2. Les fixations

3. Le champ visuel

 

L'enregistrement des mouvements oculaires au cours de la lecture nous révèle que, contrairement aux impressions du lecteur, la lecture ne se fait pas de manière linéaire mais saccadée. On observe ainsi une succession de saccades et de fixations.

1. Les saccades

Les saccades, mouvements rapides échappant au contrôle volontaire, ne correspondent pas à la vision utile, elles permettent seulement les changements de visée à l'intérieur d'un texte. On distingue trois types de saccades: les saccades de progression, les saccades de retour à la ligne et les saccades de régression.

Les saccades de progression consistent en des mouvements très brefs (10 à 30 ms), effectués de gauche à droite (ou de droite à gauche pour des langues comme l'arabe) et dont l'amplitude varie de 5 à 10 caractères.

Les saccades de retour à la ligne sont de grande amplitude (50 espaces caractères environ) et ont une durée moyenne de 80 ms

Les saccades de régression, dont l'amplitude varie entre 1 et 5 espaces caractères, correspondent à des retours en arrière de la droite vers la gauche (pour les langues se lisant de gauche à droite). Selon Ariane Levy-Schoen (1988), les saccades de régression peuvent avoir quatre fonctions:

  1. un retour à une information non saisie

  2. un retour à une zone bien identifiée, zone où s'opère une opération mentale relative à la signification du texte.

  3. une "boucle d'attente" destinée à laisser s'écouler un laps de temps si les yeux ont progressé plus vite que la compréhension orale du même texte.

  4. es régressions à l'intérieur d'un mot pourraient être le résultat d'une stratégie très générale de repositionnement du regard qui recentrerait une visée initialement mal placée dans le mot (hypothèse suggérée par O'Regan)

2. Les fixations

Les fixations, moments où le regard reste stationnaire, correspondent à la vision utile. La durée d'une fixation est l'intervalle entre deux saccades soit environ 250 ms. La sensibilité de l'oeil étant inhibée lors des saccades, c'est au cours des fixations que sont extraites les informations d'un texte.

Pour un même sujet, on peut observer une somme importante de variabilité entre ces deux comportements visuels caractéristiques (saccades et fixations). Ainsi, l'étendue des saccades varie souvent de 1 à 20 espaces caractères et les durées moyennes de fixation de 100 à 500 ms.

3. Le champ visuel

La rétine est composée, au centre, d'une zone d'acuité maximale, représentant 5 degrés d'angle visuel. Au delà de cette zone, on observe une chute rapide de la résolution spatiale visuelle.

De nombreuses études, portant aussi bien sur la lecture de mots isolés (O'Regan, Lévy-Schoen et al., 1984; O'Regan & Lévy-Schoen, 1987) que sur la lecture de textes (McConkie, Kerr et al. 1989) ont montré que les temps de reconnaissance ainsi que le nombre de fixations étaient indépendant de la position du regard au sein des mots.

La position optimale, appelée OVP (Optimal Viewing Position) se situe légèrement à gauche du centre du mot.

Empan visuel et empan perceptif

L'ampan visuel correspond à l'étendue du champ visuel dans lequel les lettres peuvent être rapportées en dehors de toute information linguistique. Pour des distances de présentation comprise entre 30 cm et 60 cm, une lettre placée au sein d'une chaîne de lettres est rapportées dans 50% des cas si elle se trouve à moins de 5 lettres du point de fixation (Towsend, Taylor et al., 1971). Placée à 60 cm, elle sera reconnue à 90%, si elle est distante de moins de trois lettres du point de fixation (O'Regan, 1990).

L'ampan perceptif correspond à la région du texte pouvant être interprété avec l'aide des connaissances linguistiques et contextuelles. Cet ampan est asymétrique (Rayner, Inhoff et al., 1981), la discrimination étant meilleure à droite du point de fixation (6 à 15 caractères) qu'à gauche (3 à 4 caractères). Cette asymétrie de l'ampan perceptuel est dépendante des habitudes de lecture: lorsque la lecture s'effectue de droite à gauche (comme en hébreu) l'asymétrie est inversée (Pollatsek, Bolozki et al., 1981).

La vision périphérique

Bien que la vision périphérique ne soit pas aussi précise que la vision fovéale, elle jue un rôle très important dans la prose et le traitement des informations. "Sans vision périphérique, on se comporte quasiment en aveugle, ce qui signifie que le traitement cognitif de la partie centrale du champ seule est tout à fait insuffisant". (Lévy-Schoen, 1976)

En effet, si on supprime des informations en vision périphérique, la lecture se trouve perturbée. Dans les techniques de "fenêtre mobile" avec pilotage informatisé, seule la zone de texte fixée par le sujet est lisible, alors que les caractères situés en vision périfovéale sont tous remplacés par des "X". Lorsque le sujet déplace son regard vers un nouveau point de fixation, les suites de signes "X" sont remplacés par le mot réel du texte. Le sujet ne dispose donc que de l'information correspondant strictement à son point de fixation. On constate dans ces conditions une diminution de la durée moyenne des fixations.

Il semblerait qu'il y ait donc, en lecture normale, un prétraitement fondé sur la vision périfovéale. Ce prétraitement prend du temps (la fixation d'un mot correspond à la fois au traitement de ce mot, et au prétraitement de ce qui suit), ce qui explique que les fixations soient en moyenne raccourcies dans les conditions de "fenêtre mobile".

S'agissant des mots longs (6-10 lettres), leur identification n'est pas possible en vision périfovéale. Toutefois, la vision périfovéale permet un meilleur ciblage de la fixation sur le mot.

S'agissant des mots courts (1-3 lettres), leur identification est possible en vision périfovéale, rendant de ce dait la lecture en vision fovéale superflue. Ils peuvent donc être sautés dans la succession des points de fixation.